Sauna et coronavirus : ils se détestent !
La chaleur d'un sauna peut-elle détruire le coronavirus ? La question s'est largement répandue avec l'apparition de la COVID-19. Elle repose sur une réalité : une température suffisamment élevée peut inactiver de nombreux virus dans certaines conditions expérimentales.
Mais il existe une différence fondamentale entre chauffer un virus sur une surface ou dans un échantillon et exposer une personne à la chaleur d'un sauna.
Le sauna ne détruit pas le coronavirus présent dans l'organisme et ne constitue ni un traitement ni un moyen de prévention de la COVID-19.
La chaleur peut-elle détruire un coronavirus ?
Oui, dans certaines conditions.
Comme de nombreux micro-organismes, les virus peuvent être inactivés par une combinaison appropriée de température et de durée d'exposition.
C'est l'un des principes utilisés dans différents procédés de traitement thermique et de désinfection.
Mais lorsqu'une étude montre qu'un virus est inactivé à une certaine température en laboratoire, cela ne signifie absolument pas qu'il soit possible d'obtenir le même résultat à l'intérieur du corps humain.
Pourquoi un sauna ne tue-t-il pas le coronavirus dans le corps ?
Dans un sauna traditionnel, la température de l'air peut couramment atteindre 70 à 100 °C.
Le corps humain n'atteint évidemment pas cette température.
L'organisme dispose de puissants mécanismes de thermorégulation. Lorsque nous sommes exposés à la chaleur, la circulation sanguine vers la peau augmente et la transpiration permet notamment d'évacuer une partie de cette chaleur.
La température corporelle centrale peut augmenter pendant une séance, mais elle reste très éloignée de celle de l'air du sauna.
Il est donc incorrect de raisonner ainsi : « le sauna est à 80 °C et le virus est sensible à la chaleur, donc le sauna détruit le virus ».
Les cellules infectées à l'intérieur de l'organisme ne sont jamais portées à 80 °C. Une température corporelle approchant les niveaux nécessaires à une véritable désinfection thermique provoquerait une hyperthermie extrêmement dangereuse bien avant de constituer un traitement antiviral.
Respirer de l'air très chaud ne désinfecte pas les poumons
Une autre idée consiste à penser que l'air chaud inspiré dans le sauna pourrait éliminer les virus présents dans le nez, la gorge ou les poumons.
Ce raisonnement est également incorrect.
L'air inspiré est rapidement modifié par les voies respiratoires et la température des tissus profonds reste régulée par l'organisme.
Il ne faut donc jamais chercher à respirer un air excessivement chaud ou de la vapeur brûlante dans l'objectif de « désinfecter » les voies respiratoires. Une température suffisamment élevée pour endommager un virus pourrait également endommager les tissus humains.
Le sauna protège-t-il contre la COVID-19 ?
Aucune donnée suffisamment solide ne permet d'affirmer qu'une pratique régulière du sauna empêche de contracter la COVID-19.
La chaleur extérieure n'empêche pas non plus la circulation des virus respiratoires.
La prévention des infections repose sur des mesures adaptées à leur mode de transmission et non sur l'élévation volontaire de la température corporelle.
Le sauna doit donc rester ce qu'il est : une pratique de bien-être et de bain de chaleur, et non une méthode de prévention d'une maladie infectieuse.
Et les autres virus respiratoires ?
Le même raisonnement s'applique à la grippe, aux rhinovirus responsables de nombreux rhumes et à d'autres virus respiratoires.
Leur résistance à la chaleur varie selon le virus, la température, la durée d'exposition et les conditions expérimentales.
Cette sensibilité éventuelle à la chaleur en dehors du corps ne signifie pas qu'une séance de sauna puisse traiter l'infection une fois le virus présent dans l'organisme.
La température de la cabine et celle des tissus internes du corps sont deux choses très différentes.
Sauna et système immunitaire
L'exposition à la chaleur provoque de nombreuses réactions physiologiques : augmentation du débit sanguin cutané, accélération du rythme cardiaque, transpiration et activation de différents mécanismes de réponse à la chaleur.
Ces réactions font l'objet de recherches scientifiques.
Elles ne permettent cependant pas d'affirmer qu'une séance de sauna « renforce les défenses immunitaires » au point d'empêcher une infection virale.
De même, les modifications biologiques observées après une exposition à la chaleur ne constituent pas la preuve d'un effet préventif ou thérapeutique contre la COVID-19, la grippe ou le rhume.
La transpiration élimine-t-elle les virus ?
Non.
La transpiration sert principalement à réguler la température corporelle. Elle est composée essentiellement d'eau et d'électrolytes.
Elle ne constitue pas un mécanisme permettant d'éliminer une infection virale.
L'idée selon laquelle il faudrait « transpirer le virus » ou éliminer des toxines infectieuses par la peau ne correspond donc pas au fonctionnement de l'organisme.
Peut-on aller au sauna lorsqu'on est malade ?
En présence d'une infection aiguë, et particulièrement en cas de fièvre, il est préférable de renoncer temporairement au sauna.
La maladie sollicite déjà l'organisme. Ajouter une exposition importante à la chaleur peut augmenter la contrainte thermique et favoriser la déshydratation.
Dans un sauna collectif, une autre raison s'ajoute : une personne atteinte d'une infection respiratoire peut contaminer les autres utilisateurs.
La température élevée de la cabine ne doit pas être considérée comme une protection contre la transmission entre personnes.
Il est préférable d'attendre le rétablissement avant de reprendre les séances.
Sauna collectif et virus respiratoires
La température du sauna ne dispense pas des règles d'hygiène.
Dans un établissement collectif, les vestiaires, espaces de repos, douches, poignées et autres zones communes sont également fréquentés par les utilisateurs.
L'entretien des installations, le renouvellement de l'air, l'hygiène des mains et le nettoyage des surfaces fréquemment touchées restent donc importants.
Une personne présentant les symptômes d'une infection respiratoire doit éviter de fréquenter un sauna collectif jusqu'à amélioration de son état.
Le sauna peut-il néanmoins être bénéfique au bien-être ?
Oui, mais cette question doit être séparée de celle des infections.
Chez une personne qui le tolère correctement, le sauna peut procurer une sensation de détente et de relaxation. L'exposition à la chaleur entraîne également des adaptations cardiovasculaires temporaires bien documentées.
Ces effets ne signifient pas que le sauna soigne une infection.
Il est parfaitement possible de reconnaître les effets physiologiques et le plaisir procuré par le sauna sans lui attribuer des propriétés antivirales qu'il ne possède pas.
Chaleur et coronavirus : ne pas confondre laboratoire et corps humain
C'est finalement cette distinction qui permet de comprendre l'essentiel.
Oui, une chaleur suffisamment élevée peut inactiver des virus dans certaines conditions expérimentales.
Non, entrer dans un sauna ne porte pas les virus présents dans l'organisme à cette température.
Le sauna ne détruit donc pas le SARS-CoV-2 dans le corps, ne soigne pas la COVID-19 et ne constitue pas une méthode de prévention des infections respiratoires.
Et lorsqu'une infection aiguë ou de la fièvre est déjà présente, le bon réflexe n'est pas d'augmenter encore la température du corps en entrant dans un sauna, mais de laisser l'organisme récupérer.